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Vous avez dit « taux d’intérêts négatifs » ?

Par Gilles GAILLARD
Date de publication : 27 octobre 2016 à 15:00

En ces temps où le rendement de l’argent et donc le financement de l’économie ne sont pas suffisants, on parle beaucoup de « taux d’intérêts négatifs », de monnaie électronique, de technologie blockchain et de suppression définitive de l’argent liquide, du cash !

Toutes ces informations sont autant de promesses de changement inquiétantes, tant la réflexion et la décision de mise en œuvre semblent davantage appartenir à la finance et aux institutions mondiales – FMI, banques centrales et G20 notamment – qu’aux pays et à leurs citoyens.

 

Supprimer le cash : rien de plus simple !

 

La technologie est là sous la forme de différents moyens de paiement, du virement bancaire à la carte bleue sans contact en passant par le smartphone équipé d’une application de paiement.

La technologie blockchain testée sur la monnaie Bitcoin a aussi fait ses preuves.

Bref, supprimer le cash, on sait faire.

La traçabilité est totale, c’en est fini de tous les trafics et autres activités délictueuses. L’argument est incontestable : fin de l’argent sale !?

Les États et les banques y sont favorables.

En Suède où plus de 80% des paiements sont numériques la suppression de l’argent liquide est au programme politique. Le Danemark, la Norvège, le Canada, la Corée du Sud, développent aussi activement des projets de monnaies dématérialisées.

Pour John Cryan, patron de la Deutsche Bank, c’est une évidence : « Le cash n’existera probablement plus dans dix ans. Ce n’est pas quelque chose qui est nécessaire, c’est terriblement inefficace et cher ». (Le Monde, 26 avril 2016)

Pour Andy Haldane, chef économiste de la Banque d’Angleterre, les banques centrales sont prêtes pour « le grand bond technologique ». Seuls les citoyens font encore de la résistance.

Certaines autres banques centrales de pays où les espèces sont au cœur des échanges adhèrent à l’idée, mais sont conscientes des incidences économiques objectives et des limites culturelles de sa mise en œuvre.

La question stratégique est alors de savoir comment s’opposer à la mise en place de monnaies alternatives, sonnantes et trébuchantes, qui auraient plus de valeur pour leurs utilisateurs qu’une monnaie numérique en laquelle ils n’auraient ni confiance, ni intérêts.

Sur le papier, la réponse est simple : interdire ces monnaies alternatives. Sur le terrain, il se peut que ça se corse !

 

Taxer les dépôts : rien de plus logique ?

 

Eh oui, pourquoi rémunérer les dépôts en cas d’inflation et ne pas les taxer en cas de déflation ?

Parce qu’en cas de déflation, les épargnants préfèreraient retirer leur argent des banques. Quels intérêts auraient-ils à l’y laisser ? Entre ne rien gagner et perdre, le choix est vite fait !

C’est là que la dématérialisation de l’argent inquiète.

Certains épargnants disent : « quitte à se faire voler, autant que ce soit à la maison ».

Les banques leur répondent : « mais non, justement, avec la dématérialisation on ne pourra plus vous voler votre argent ».

Le serpent « monétaire » se mord la queue ! Les intérêts ne sont pas nets.

Dans cette affaire, les usages, la confiance dans la monnaie, la dimension psychologique et culturelle ont toute leur importance.

Les éléments de langage entrent alors en jeu pour expliquer et préparer les esprits. Le langage déterminant notre vision du monde et son acceptation, l’expression « taux d’intérêts négatifs » – pure création bancaire – est très en vogue !

L’oxymore « taux d’intérêt négatif » est facile, encore fallait-t-il l’inventer et avoir l’audace de le prononcer. C’est fait !

Le taux d’intérêt négatif est devenu un élément de langage commun et sa définition procède d’une logique imparable :

– lorsqu’il y a de l’inflation votre argent perd de sa valeur et vos dépôts bancaires peuvent couvrir tout ou partie de cette perte selon le niveau de risque que vous acceptez, le taux d’intérêt est alors dit positif même s’il ne couvre pas l’inflation,

– lorsqu’il y a de la déflation votre argent perd de sa valeur, la banque comptabilise alors un taux d’intérêt négatif qui couvre la déflation.

Et, en notre période d’inflation nulle ou de déflation, le taux d’intérêt négatif est la solution avancée pour financer la dette, on dit aujourd’hui pour « monétiser la dette » des banques centrales.

Pour faire simple, ce sont les épargnants qui vont payer. Le pari est qu’ils épargnent moins et qu’ils dépensent plus pour financer les dettes et l’économie. Idéalement il faudrait aussi qu’ils empruntent un peu. Le pari est audacieux.

D’un côté on dématérialise, de l’autre on centralise et on monétise… C’est légitimement inquiétant lorsque l’on sait que les banques centrales qui tiennent les cordons de la bourse peuvent aussi jouer sur les taux d’inflation ou de déflation, donc sur les taux d’intérêt positifs ou négatifs.

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Gilles GAILLARD
Auteur Gilles GAILLARD
Expert en intelligence économique et éditeur - Dirigeant EIE Conseil
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